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Cartographie de l’Anthropocène

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En guise d’introduction.

L’Anthropocène. Nous y sommes déjà. C’est notre époque, notre création, notre enjeu.

Officiellement, cette époque n’existe pas encore. Elle sera peut-être ajoutée de façon permanente à l’échelle des temps géologiques en août 2012, lors du 34ème congrès organisé par l’Union internationale des sciences géologiques, qui se tiendra à Brisbane, Australie. C’est la Commission internationale de stratigraphie qui statue sur la dénomination et le calibrage des différentes divisions et subdivisions des temps géologiques, lesquels remontent à la formation de la Terre il y a 4,6 milliards d’années.

Officieusement toutefois, le terme est utilisé de plus en plus fréquemment dans les publications scientifiques et, depuis peu, dans les publications dédiées au grand public.

Mais, au fait, qu’est-ce donc que l’Anthropocène ?

D’abord, l’étymologie. Le Grec ancien Anthropos signifie « être humain ». Kainos signifie quant à lui « récent, nouveau ». L’Anthropocène, ce serait donc la nouvelle période des humains.

Le terme fut proposé en 2000 par Paul J. Crutzen, prix Nobel en 1995 pour ses travaux sur la chimie de l’atmosphère et ses recherches sur l’appauvrissement de l’ozone stratosphérique (le fameux « trou »), et par Eugene F. Stoermer dans une publication (p. 17) de l’International Geosphere-Biosphere Programme. Mais le concept lui-même, l’idée que l’activité humaine affecte la Terre au point tel qu’elle puisse traverser un nouvel âge, n’est pas nouveau et remonte à la fin du XIXème siècle. Différents termes furent ainsi proposés au cours des décennies, comme Anthropozoïque (Stoppani, 1873), Noosphère (de Chardin, 1922 ; Vernadsky, 1936), Érémozoïque (Wilson, 1992), Anthrocène (Revkin, 1992), etc. Il semble que le succès du terme choisit par Crutzen et Stoermer soit dû à la chance d’avoir été formulé au moment opportun, alors que l’Humanité prenait plus que jamais conscience de la profondeur des impacts qu’elle cause aux milieux planétaires. — Il est à noter qu’Edward O. Wilson (qui suggéra Érémozoïque, l’âge de la solitude ou « la vie seule ») popularisa les termes « biodiversité » et « biophilie ».

Techniquement, l’Anthropocène est la période la plus récente du Quaternaire, succédant à l’Holocène. Le Quaternaire, c’est une période de l’histoire de la Terre caractérisée par des glaciations nombreuses et cycliques, amorcée il y a deux millions cinq cent quatre-vingt-huit mille années (2,588 Ma). Le Quaternaire se divise lui-même en trois époques : le Pléistocène, l’Holocène et, désormais, l’Anthropocène.

Le Pléistocène (2,588 Ma à 11,7 Ka) fut une époque tumultueuse, au cours de laquelle plus de onze glaciations majeures se produisirent ! Par ailleurs, le Pléistocène est aussi l’époque des premiers humains, de la sortie hors de l’Afrique ancestrale, de l’invention des premiers outils, de la bipédie, de l’invention des arts graphiques, des raffinements culturels et linguistiques et de la domination d’Homo sapiens sur les autres hominidés.

L’Holocène (11,7 Ka jusqu’aux environs de 1800) fut une époque comparativement bien paisible du point de vue climatique. Lorsque pris fin la dernière glaciation, il y a 12 000 ans, un régime climatique plus stable s’installa sur Terre. Les glaces laissèrent place à des climats tempérés et, déjà, les humains étaient présents sur tous les continents. Il ne fallut attendre que quelques milliers d’années pour que l’agriculture (la domestication d’une terre par les humains à des fins essentiellement alimentaires) voit le jour, dans le Croissant fertile, puis ailleurs en Afrique, en Chine, en Nouvelle-Guinée et en Amérique du Sud. Ainsi progressa l’humanité, parvenant à nourrir toujours plus d’humains.

Nous sommes officiellement toujours dans l’Holocène. En fait, nous sommes dans l’éon du Phanérozoïque, l’ère du Cénozoïque, la période du Quaternaire et l’époque de l’Holocène. Mais voilà, le système terrestre ne semble plus se comporter de la même manière que, disons, à l’époque d’Hésiode, de Dante ou de Cervantes. La Terre des années 2000s se réchauffe, est surpeuplée, se toxifie, est déforestée et est plus interconnectée que jamais. L’enveloppe réconfortante de l’Holocène, qui a favorisé la naissance des civilisations, est désormais perforée.

Nous avons collectivement basculé dans une nouvelle époque, laquelle comprend ses enjeux et ses défis, pour reprendre des termes en vogue, mais aussi ses opportunités et de grandes qualités. Ce blogue est dédié à l’exploration de ce monde nouveau, inédit.

Voici donc la définition plus ou moins impressionniste que nous proposons pour l’Anthropocène :

« Période marquée par le changement du régime de l’activité des sociétés industrialisées amorcé au tournant du XIXème siècle et causant depuis des bouleversements d’une ampleur sans précédent au sein de la biosphère terrestre — changements climatiques, érosion de la biodiversité, pollution des mers, des terres et des airs, déprédation des ressources, dénudation des couverts végétaux, transformation radicale de l’écoumène, etc. — lesquels commandent un remaniement global de la conscience et de la façon dont nous habitons la Terre. »

Cartographier l’Anthropocène.

Derrière ce nom se cachent les enjeux de notre temps. Ce concept, il illustre et regroupe les principaux agents qui marquent notre planète, qui en gravent littéralement la surface. L’Anthropocène, notre époque certes mais aussi et surtout un portail que nous devrons savoir franchir collectivement, sans trop de heurts. Cette page est dédidée à la cartographie impressionniste des artéfacts de ce moment singulier de l’histoire terrestre. Impressionnistes car ces cartes demeurent muettes, laissant libre cours à la contemplation et à l’imagination ; impressionnistes aussi parce qu’elles ne suivent pas les canons de la cartographie, avec une échelle et une légende, par exemple.

En situant géographiquement les structures et les hauts lieux de l’activité humaine, en constatant l’ampleur planétaire de nos traces et de nos aménagements, peut-être saurons-nous entrevoir la finitude de notre monde et l’importance de redéfinir ce que signifie l’acte qu’est l’habiter.

Commentaires? Suggestions? Vos impressions sont plus que bienvenues: info [at] globaia [dot] org

NOTE: les éléments présents sur ces cartes — villes, routes pavées et non pavées, voies ferrées, lignes électriques, oléoducs, câbles Internet, lignes aériennes, voies maritimes — ne sont bien sûr pas à l’échelle. En revanche, ces éléments ne constituent qu’une fraction approximative des artéfacts qui sont présents en réalité. Les routes, par exemple, sont d’une densité telle qu’elles rendraient opaques ces visions globales.

DATA SOURCE: Routes pavées et non-pavées, oléoducs, voies ferroviaires & lignes électriques: VMap0, National Geospatial-Intelligence Agency, septembre 2000. Voies maritimes: NOAA’s SEAS BBXX database, de 14.10.2004 à 15.10.2005. Réseaux aériences: statistiques de l’Organisation de l’aviation civile internationale. Régions urbaines: naturalearthdata.com. Câbles sous-marins: Greg Mahlknecht’s Cable Map. Textures de la Terre: Tom Patterson. Indicateurs de l’Anthropocène: Global Change and the Earth System: A Planet Under Pressure, Steffen, W., Sanderson, A., Jäger, J., Tyson, P.D., Moore III, B., Matson, P.A., Richardson, K., Oldfield, F., Schellnhuber, H.-J., Turner II, B.L., Wasson, R.J.
Springer Verlag, Heidelberg, Germany, 1st ed. 2004, 2nd printing, 2005, pp. 132-133.

Pour d’autres cartes et informations, voir les travaux d’Erle Ellis ici (en anglais): Anthromes Research

 

Les indicateurs de l’Anthropocène | Cliquez pour agrandir

Indicateurs Anthropocène

 

Le système global des transports | Villes en jaune ; routes en vert ; navires en bleu ; avions en blanc. Transports

Les flux de l’énergie | Oléoducs en orange ; lignes électriques en blanc ; câbles sous-marins en turquoise. Énergie

Anthropocene Mapping from Globaïa on Vimeo.

 

L’Eurasie, continent prodigue | Glissez la souris pour voir le traffic aérien

Eurasie

 

L’Ancien Monde | Glissez la souris pour voir les villes, les routes, les voies ferrées, les lignes électriques et les câbles sous-marins. Europe

Le Nouveau Monde | Glissez la souris pour voir les villes, les routes, les voies ferrées, les lignes électriques et les câbles sous-marins. Amérique du Nord

Amérique du Sud | Glissez la souris pour voir les villes, les routes, les voies ferrées, les lignes électriques et les câbles sous-marins.

L’Afrique ancestrale | Glissez la souris pour voir les villes, les routes, les voies ferrées, les lignes électriques et les câbles sous-marins.

L’Océanie | Glissez la souris pour voir les villes, les routes, les voies ferrées, les lignes électriques et les câbles sous-marins.

D’Igloolik à New York | Observez le gradient des cités globales (au Sud) jusqu’aux communautés Inuit (au Nord). Igloolik-New_York

Une île branchée | Les cornurbations nippones, ainsi que les lignes électriques et les câbles sous-marins. Japon

Vers Lhassa | Voyez la ligne ferroviaire de Quingzang qui relie Xining à Lhassa, au Tibet. Lhassa

Connections transatlantiques | Le transport aérien entre l’Amérique du Nord et l’Europe. Connections

L’Eurasie occidentale | Villes, routes, voies ferrées, lignes électriques et câbles sous-marins. Eurasie

Un fond d’écran en haute définition (1080p) Anthroposphère Anthropocène

Anthroposphère-Écosphère | Le bleu souligne l’énergie intense impliquée dans la construction des infrastructures humaines.

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