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Parmi les six grandes directions spatiales, le nadir est sans conteste la plus
négligée ; et pour cause, la Terre nous en cache la vue. En raison de
l'autogravitation qu'exerce la planète sur elle-même, arbres, montagnes et
bipèdes s'élèvent perpendiculairement au sol, de façon radiale par rapport
au cœur tellurique central ; cela relève de la pure évidence, réaffirmée
quotidiennement. Mais au-delà
de ces considérations communes apparaît un fait qui, à y bien penser,
intrigue : sous le sol ferme où reposent nos pieds, sous ce nadir immédiat, à moins de 13 000 km,
l'infini du ciel recommence de plus bel... Ainsi, que trouve-t-on sous les pupitres de la classe ? Les rondeurs terrestres sont connues depuis fort peu de temps ; la Terre est pourtant ronde depuis 4.565 Ga d'années environ. Savoir ce qui se trouve derrière l'horizon visuelle aurait été insensé il y a quelques millénaires à peine. Tentons sommairement l'exercice : Sirius. (de Séïr, briller en grec) Cet astre proximale est, suivant le Soleil, l'étoile la plus brillante qui soit visible de la Terre. De tout temps, elle semble fasciner les peuples. Les Égyptiens, dès l'Ancien Empire il y a 4 500 ans, avaient calibrer leur calendrier en fonction du levé auroral de cette étoile, qu'ils nommaient Sôthis. À l'époque, Sôthis surgissait dans l'horizon désertique du matin en juin. Elle présageait ainsi les terribles crues du Nil et les chaleurs caniculaires de l'été boréal. D'ailleurs, le mot canicule dérive de « Stella Canicula », littéralement l'Étoile du Chien (=canis). En effet, Sirius est le membre le plus flamboyant de la constellation du Grand Chien (Canis major), fidèle compagnon d'Orion. Elle repose à 8,7 années-lumière de la Terre, ce qui en fait la sixième étoile la plus proche. Se rappeler Sirius ou, mieux, la contempler par une froide nuit hiémale renoue avec un geste que des millions de nos ancêtres exécutèrent anxieusement jadis, en tous les points du globe, que ce soit pour surveiller son apparition à l'aube ou pour voir en elle des figures incrémentées dans une préhension mythologique du monde. C'est en somme perpétuer un dialogue commencé il y a des milliers d'années avec les astres, sur fond de mythes et de science. Superamas Horologium. Les cosmographes ont recensé environ 220 superamas galactiques à ce jour. Rappelons qu'un superamas est un complexe plus ou moins vaste d'amas et de groupes de galaxies. Nous appartenons par exemple au superamas Virgo, composé de quelques milliers de galaxies, dont la Voie Lactée. Lorsque nous écoutons doctement le professeur à l'avant de la classe au nord-est, nous doutons-nous seulement de la présence de ce gigantesque superamas qu'est Horologium, sous nous au nadir ! Immense, son segment le plus proche repose à 700 Ma d'années-lumière de nous tandis que ses confins baignent aux distances enfiévrées de 1,2 Ga années-lumière. Géant parmi les géants, ce superamas est le plus gros qui soit connu dans un rayon de un milliard d'années-lumière. Constitué d'un nombre effroyable de galaxies petites et grandes – environ 330 000 – le superamas de l'Horloge est aussi le moins connu parmi ses pairs. On estime sa masse à 100 000 000 000 000 000 fois celle du Soleil. Considérer ce colosse par la pensée incite à vivre une odyssée, certes intellectuelle, mais aussi et surtout peut-être culturelle. Bien que ce superamas soit absolument étranger à notre entendement de par sa démesure, il constitue l'occasion d'un voyage au travers d'une vision particulière du monde – celle-là même qui élabora les instruments et méthodes nécessaires à sa découverte et qui entretient une motivation minimale dans cet effort – et au travers de l'Univers même, en admettant une position épistémologiquement réaliste. Personne n'a vu ce superamas d'un coup d'œil : son existence au monde a été construite, conjecturée et déduite à partir d'observations et de calculs. Il s'agit d'une représentation d'un objet qui, d'ailleurs, n'en est pas vraiment un. Il ne s'agit pas d'une entité fermée mais bien plutôt d'un ensemble ouvert dont les constituants (étoiles, galaxies, groupes et amas) participent d'une même interaction dynamique et gravifique qui s'est établie au cours des dix derniers milliards d'années. Contempler donc par la pensée une telle structure revient à [re]vivre le sentiment de stupeur et de torpeur qui naît parfois de la contemplation des vastes choses (arcades d'une cathédrale, paysages sommitaux, abîmes ou, même, oeuvres picturales ou musicales...). Parlons dès lors d'Univers-Cathédrale. Imaginer le superamas Horologium est aussi une expérience peu commune. Il s'agit de dépasser l'horizon quotidien, physique, phénoménal et perceptuel Eridanus.
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Dernière mise à jour 17-12-02 :: Félix Pharand-Deschênes |